Face au réchauffement du climat, le vignoble suisse s'oriente vers le bio

LE REPORTAGE DE MICHEL KOFFI A NEUCHATEL, Publié dans Côte d'Ivoire

Face au réchauffement du climat, le vignoble suisse s'oriente vers le bio

Située au bord du lac de Neuchâtel, l’exploitation viticole de la Maison Carrée de Jean-Denis Perrochet s’étend sur 10 hectares, entre Auvernier et Hauterive. Six générations de vignerons-encaveurs se sont succédées derrière ses fûts, composant avec leur époque, entretenant et développant le patrimoine familial, tout en conjuguant progrès technique et respect de la tradition viticole.

Ici, fait remarquer Jean-Denis, « tout commence à la vigne », car « la qualité du raisin dépend de plusieurs facteurs. Certains sont relativement stables, comme le sol, le cépage et le climat. D’autres sont plus variables et techniques, comme l’entretien du sol, la taille et le palissage ».

La question du défi climatique, comme chez tous les viticulteurs neuchâtelois, n’est pas encore trop préoccupante: on vendange, même de manière précoce, régulièrement fin septembre, avec des vins à 11 degrés en moyenne. Avec une pluviométrie certes irrégulière mais stable -en moyenne 900mm d’eau chaque année-, la vigne de Jean-Denis Perrochet bénéficie complètement des conditions climatologiques encore favorables du « château d’eau de l’Europe ».

Si ce n’était ce décalage des saisons qui commence sérieusement à poser problème. Car la plus grande menace est une maturation précoce des grappes de raisin, fin août ou début septembre: le risque de pourriture serait énorme, car il faudrait gérer à la fois le chaud et l’humidité. La période des vendanges est, en effet, un bon indicateur pour suivre l’histoire du climat (voir l’encadré 2).

Nouvelle approche
Ils ne rencontrent donc pas les problèmes que vivent les viticulteurs du sud de la France, inquiets à cause du réchauffement climatique qui donnent des vins trop alcoolisés. Seulement il faut s’adapter avec d’autres approches, remarque Michel O. Schurch de la Grillette, viticulteur-œnologue De Cressier. Techniques qui ne se mesurent pas à l’aune de la course à la production, « mais de la durabilité des sols ».

Fumier à base biodynamie (voir l’encadré 1), des moutons à la place des machines pour tondre les herbes, de la bouse de vache dans des cornes de bœuf, tout y passe pour ranger au vestiaire l’utilisation des pesticides et autres, avec éviction des « vendanges chaudes qui causent des fermentations tumultueuses ». Face au « il faut produire le maximum possible », lui a privilégié comme la plupart des viticulteurs neuchâtelois, la «qualité». Notion concrète et vérifiable partout dans cette région de Suisse. Pour Michel O. Schurch, à cause du réchauffement climatique, il faut réapprendre à travailler le sol, rompre avec un certain nombre d’habitudes.

S’impose la nécessité de planter de nouveaux cépages, en se débarrassant des produits phytosanitaires classiques qui détruisent la qualité du sol. « Il faut augmenter la biodiversité en ressemant, en apportant au sol de l’humus, de la matière organique ». Son credo : trouver un équilibre entre « produire moins et plus sereinement ».

Il a supprimé les insecticides et herbicides de sa production depuis 10 ans. Comme tous les viticulteurs, il parle de rupture. Et se veut homme-orchestre : webmaster, œnologue, horticulteur, botaniste, etc. Pour mieux appréhender le sol, anticiper et produire des vins nouveaux et biologiques. « Les vins classiques sont difficiles à vendre », tranche-t-il.

« Horizon 2091 »
Commencent à s’expérimenter de nouveaux cépages venus du sud, avec des croisements, pour créer des vins plus adaptés au goût des consommateurs locaux. Dans cette démarche novatrice, la Station Agroscope de Changins-Wädenswill travaille sur un contrat d’expérimentation avec les viticulteurs: une sélection de cépages parmi les plus plantés au Sud donnent des résultats importants, surtout grâce à leur résistance aux principales maladies fongiques qui touchent la vigne: botrytis, mildiou, oïdium, pourriture acétique. Alors, dans cette Station, on sélectionne pour le futur, « à l’horizon 2091 », des variétés de cépages qui résisteront mieux aux maladies et limiteront, à défaut de les supprimer, l’utilisation des intrants, pour une vigne durable.