Insécurité routière En Suisse, la prévention de proximité paie bien

REPORTAGE DE MICHAËL RODRIGUEZ ET FERNAND NOUGWLIGBÈTO, Publié dans Bénin

Les enfants sur le chemin de l'école [DR]

Pas de sécurité routière effective sans l’implication réelle des usagers de la route et des populations à la base. Exemple en Suisse où les résultats obtenus sont plutôt encourageants même s’il reste encore à faire.

Quartier des Fleurettes, à Lausanne, le chef-lieu du canton de Vaud, l’un des 26 Etats de la Confédération suisse. Il est 8h10. Dans la fraîcheur matinale, une quinzaine de petits écoliers, encadrés par trois adultes, attendent sur le trottoir, à un endroit précis de regroupement appelé «pedibus ». Sur la voie bitumée, les véhicules s’arrêtent pour laisser passer la bande joyeuse des enfants. Direction : le collège de Montriond, situé à 250 mètres de là.  A 12h, le groupe refera le même trajet pour revenir à la maison. ‘’J’apprends ainsi à aller à l’école toute seule sans mes parents!’’, se réjouit la petite Gemma, 8 ans. ‘’Cela fait six ans que je fais le pédibus’’, renchérit  Simonetta Arduini, une mère d’un écolier qui révèle par là son intérêt pour l’activité. Comme les écoliers de Montriond, des dizaines d’autres élèves empruntent chaque jour ouvrable l’une ou l’autre des 250 lignes de pedibus qui existent en Suisse.

Lancé pour la première fois en 1999 dans le quartier des Fleurettes, le pedibus, ainsi désigné par allusion au bus, est un mode de transport pédestre qui permet aux enfants « de se retrouver entre copains et de cheminer ensemble et en toute sécurité sous la conduite d’un adulte », explique Monique Corbaz, une responsable du pédibus dans le quartier. C’est l’une des initiatives prises par les populations pour réduire l’insécurité  routière et améliorer la qualité de vie des habitants. « Certes, les transports publics sont excellents chez nous, mais il y a aussi un problème de capacité et donc une nécessité de les développer, relève Valérie Schwaar, secrétaire général de la section vaudoise de l’Association Transports et Environnement (ATE) et députée socialiste au Parlement cantonal. Par exemple, le trafic routier augmente chaque année de 2% alors que les routes sont à la limite de leurs capacités ». A l’en croire, l’urbanisation a été faite dans les années 60 autour de la voiture considérée comme mode unique et privilégié de déplacement. « Une voiture par personne, ça prend de l’espace, ça pollue, ça fait du bruit, continue Valérie Schwaar. En amenant ses enfants à l’école en voiture, on menace les enfants des autres parents ». Un exemple de cet envahissement de l’automobile, l'avenue du Maupas, à Lausanne. « Jusqu’en 2004, il y avait beaucoup de trafic et de bruit dans  cette rue très animée où circulaient 4 800 véhicules par jour, témoigne Florence Germond, élue socialiste au Parlement communal à Lausanne. Les véhicules roulaient jusqu’à 50 km par heure, ce qui occasionnait des accidents ».

Aussi des Organisations de la société civile (OSC) comme l’ATE s’investissent-elles dans la lutte contre l’insécurité routière qui ne se réduit pas aux risques d’accidents mais englobe aussi la pollution sonore et écologique causée par le trafic routier. L’ATE, tout comme l’association ProVélo, œuvre depuis 1979 pour amener les usagers de la route à comprendre que la voiture est un mode de transport parmi tant d’autres, à l’instar du vélo et de la marche.  L’une des premières actions consiste à inciter les populations à se regrouper en associations. « L’association du quartier du Maupas comprend un comité qui travaille tout au long de l’année et une assemblée générale qui se tient une fois par an, déclare Florence Germond. Notre budget tourne autour de 1000 francs suisses et provient pour l’essentiel des cotisations d’une cinquantaine de membres qui sont tous des bénévoles ». L’ATE les aide ensuite à rédiger des lettres ou des pétitions pour demander à leur commune la réduction de la vitesse de circulation des voitures, la création de zones piétonnes, l’installation de feux tricolores, etc. Elle donne aussi son avis sur les projets d’aménagement élaborés par la commune.  L’association ‘’Rue de l’avenir’’, qui existe depuis une trentaine d’années, joue aussi le même rôle de conseil auprès de la population et des autorités communales « en vue de rendre les vitesses plus lentes et les rues plus vivables », estime Dominique von der Mühll, l’une de ses responsables.  A l’avenue Vinet, les habitants ont lancé une pétition en 2007 pour demander « la limitation de la vitesse à 30 km/h, la mise en place d'un sens interdit empêchant certains automobilistes d'accéder à l'avenue, la création de nouvelles places de stationnement réservées aux habitants, la suppression du stationnement à cheval sur le trottoir, etc.», se rappelle Anne Decollogny, présidente de l'association de quartier.

En finir avec la tyrannie de la voiture

Tant d’efforts communautaires ont « contribué à faire baisser la vitesse, à faire comprendre aux populations la nécessité du port de ceinture, à réduire les accidents de la route », se réjouit Valérie Schwaar.  Les campagnes en faveur du « co-voiturage » incitent les gens à faire dans une même voiture un trajet commun afin de se partager les frais de voiture, de réduire le trafic et la pollution. Plusieurs rues, comme l'avenue du Maupas, où le trafic a diminué de moitié en six ans, ont connu des aménagements : construction de ralentis, de passages à piétons et d’aires de jeux, implantation de panneaux limitant la vitesse à 30 km/heure, installation de feux tricolores, etc.

Dans certaines rues, il est même interdit de circuler en voiture. Au début, les commerçants étaient réticents car ces aménagements empêchaient nombre de leurs clients de venir vers eux en voiture. « Maintenant ça va, témoigne Canisius Gobet, gérant d'un garage automobile installé dans la rue Marterey à Lausanne. Les clients reviennent et la situation est plutôt stable ».

Tout n’est cependant pas rose. Les associations, qui fonctionnent souvent sur une base bénévole et grâce aux cotisations, sont en butte à des difficultés financières et au manque de disponibilité de leurs membres. Aussi souhaitent-elles un peu plus de soutien de la commune pour faire des rues des espaces conviviaux, moins soumis à la tyrannie de l’automobile.

Fernand Nouwligbèto et Michaël Rodriguez, Le Courrier et PermaGroup