Pleins feux sur « Festi’Neuch» mais aussi place au sommeil des bonnes gens!

UN REPORTAGE DE SOULEY ONOHIOLO EN SUISSE, Publié dans Cameroun

Le public lors du concert du célèbre groupe rock britannique
Entre splendeurs d’un festival haut en couleurs et en bruits et besoin de sommeil des habitants de la ville, un compromis a été âprement négocié entre les deux extrêmes. Retour sur un bras de fer qui s’est terminé en heureux compromis.

« Nous essayons de programmer toutes les musiques qui font sensations et sont susceptibles de faire découvrir des sonorités différentes», clame Virginie Schneider, assistante de communication et relations de presse du festival. Selon elle, tous les ans, au début du mois de juin, le temps s’arrête dans la ville de Neuchâtel, pour faire de l’espace au plus grand festival de musique du canton. Le festival est un « open air » ; il dispose des lourdes infrastructures sonores qui sont à l’origine d’un grand tintamarre qui fait grincer des dents les riverains. Les nuisances ne sont pas que sonores, elles sont également liées au montage et démontage des stands et du décor du site. « Nous avons en plus de la centaine de techniciens qui travaillent en plein temps, utilisé 1.100 bénévoles de plusieurs nationalités. Il nous faut deux semaines et demie pour installer le matériel et pour décorer le site du festival, s’agissant du démontage de ce matériel, il faut une semaine et demie. » avoue Virginie Schneider.

« Ce n’est pas facile par rapport au bruit que peut causer le transport et la mise en place d’un si lourd matériel » se plaint un habitant du quartier. Quand bien même Festi’Neuch n’est pas du goût de certains voisins, il attire un nombre important de festivaliers qui oscille entre 40.000 et 45.000 spectateurs pendant les quatre soirs que dure l’évènement. Le rendez-vous reste le plus grand moment de détente et de plaisir de la ville de Neuchâtel ; grâce aussi à la consistance de son budget, la qualité du casting des artistes. Plusieurs habitants du quartier pensent que la mobilisation de tous dans le sens de trouver une formule qui arrange toutes les parties était souhaitable dans la mesure où, la manifestation se tenant en plein centre ville, et partageant la proximité avec des voisins qui pensent qu’on leur pourrit la vie, il fallait faire avec les avis de ceux qui subissent les affres dudit festival.

Echanges culturels avec l’Afrique

« Reconnaissons que les musiques sont fortes d’autant plus que c’est un festival de musiques modernes. Mais c’est un endroit magnifique car ça se passe au bord du lac. Et ce n’est que trois à quatre soirs l’année. C’est important qu’on fasse cet événement ; la ville ne doit pas seulement être un endroit où, l’on dort à neuf heures du soir » explique Nicolas Willemin , Rédacteur en chef de L’Express et L’Impartial, édités par la  Société Neuchâteloise de Presse S. A (Snp).

Pour la 10ème édition qui a eu lieu au mois de juin 2010, le festival a accueilli dans sa programmation, l’artiste musicien sénégalais, Youssou Ndour. « Chaque année, dans le souci de la valorisation des échanges culturels avec l’Afrique et les autres continents, nous mettons en place un projet éducatif atypique. C’est dans ce cadre que nous avons programmé l’artiste musicien sénégalais, l’un des plus grands en Afrique » explique Lucie Courvoisier, responsable de la communication de Festi’Neuch. Elle affirme que les préoccupations des voisins de l’évènement sont fondées et devaient être prises au sérieux au regard de la pertinence de leur démarche. « Il y a eu une année où, les habitants du quartier des Beaux-Arts ont fait une opposition farouche. Il y a eu entre les parties, des échanges virulents qui ont achoppé sur un tissu d’incompréhensions. D’un côté comme de l’autre, on se regardait en chiens de faïence » tranche-t-elle.

Mettre de l’eau dans son vin

Le bonheur des uns faisant le malheur des autres, pour sauver le festival du tir groupé des habitants du quartier qui entendaient aller jusqu’au bout de leur revendications, les organisateurs du festival ont été amenés à intégrer et à gérer les humeurs et à revoir leur positions et leurs prétentions. Les deux parties sont parvenues à s’asseoir sur une table de négociation ; pour aplanir le différent et s’accorder sur d’autres stratégies. « Nous avons réduit les heures de spectacle. Le site est fermé à partir de minuit la journée de jeudi, les autres jours on arrête vers deux heures du matin. Nous avons aussi trouvé un terrain d’entente pour ce qui est des horaires pour l’installation et le démontage du matériel qui est somme toute assez lourd ; quand bien même ce sont des heures de travail de chantier assez pour un festival. Le festival se déroulant en ville, nous avons compris qu’on ne pouvait rester refermé sur des positions qui ne faisaient pas avancer les choses ; non plus qu’on ne pouvait prendre les libertés en allant jusqu’à X heures de la nuit » explique Lucie Courvoisier.

Leçon des choses, une fois de plus ce ne sont pas les coups de fouets, ou des matraques, ni mêmes des emprisonnements de  certains membres dit activistes de la société civiles qui ont prévalu. La situation a fait montre de l’importance et la nécessité du dialogue. Désormais, d’un bout à l’autre de l’organisation, l’association des habitants du quartier est impliquée dans touts les phases de discussion et de négociation.  De l’avis de Lucie Courvoisier, il y a eu une compilation de petites contraintes que les organisateurs ont dû intégrer, quoique imposées et « bizarres » pour la splendeur de la manifestation.

«Il nous fallait mettre de l’eau dans notre vin car le site du festival est un haut lieu de prédilection. Nous sommes à cinq minutes de la gare en même temps que nous avons une vue panoramique du lac » explique  la responsable de la communication de Festi’Neuch. Dans la perspective de voir les prochaines éditions se passer sans le moindre incident majeur, ni même d’incompréhension,  Lucie Courvoisier  pense qu’il vaut mieux faire davantage dans la campagne d’explication, de sensibilisation et d’information des habitants sur les actions et les projets du festival.

Souley ONOHIOLO, à Neuchâtel, pour Le Messager