Une aventure (déjà) inoubliable
Il y a des rencontres qui vous marquent pour la vie. Celle que j’ai faite le mois passé se trouve clairement dans ce lot.
Elsa vient du Cameroun. Grâce à l’association En quête d’ailleurs, qui organise des échanges entre journalistes romands et du monde, j’ai pu découvrir une femme que je n’aurais, selon toute vraisemblance, jamais croisée.
Pendant cinq jours, je l’ai accompagnée sur le terrain. J’ai vu sa curiosité, sa façon de préparer les interviews et de poser les questions.
Elsa est malentendante, ce qui n’a pas été toujours facile. Lorsqu’elle m’a confié qu’elle devra sûrement changer de métier, tant son ouïe baisse, j’en ai pleuré. Parce qu’Elsa adore son travail. Et le réalise d’une manière remarquable.
Pendant cinq jours, j’ai vécu à travers elle. Pour elle. Je l’ai emmenée découvrir les plus beaux coins de notre canton (surtout le plus beau village du monde, Cortaillod). Elle a goûté la fondue et l’absinthe avec un grand plaisir. Tout comme l’Aromat et les chips au paprika.
Mille fois, elle m’a remerciée d’avoir si bien organisé sa semaine. Mille fois, je l’ai remerciée pour tout ce qu’elle m’a humainement apporté. Quand elle a tourné les talons, j’ai ressenti un vide immense.
Vivement qu’elle me fasse à son tour découvrir son pays, sa ville, sa culture. Je me réjouis de vous raconter tout ça.
Chronique de Vicky Huguelet parue dans arcinfo du 7 juillet 2023
Une question de couleur?
«Hé la blanche, c’est comment?» Si je devais résumer mes quelques jours à Yaoundé (j’écris cette chronique depuis ma chambre d’hôtel), voilà sûrement la phrase que j’ai la plus entendue.
Au début, j’avoue avoir été un peu interloquée. Puis j’ai compris que se faire appeler «la blanche» en pleine rue n’est pas une insulte. Au contraire. «Même un Camerounais à la peau plus claire que les autres se fait appeler ‘le white’. C’est une marque de respect», m’a expliqué un journaliste de la ville.
J’ai d’abord eu de la peine à le croire, puisqu’on me prend pour une Française. Respecte-t-on vraiment celles et ceux dont la nation a colonisé son pays? Puis, une jeune femme m’a dit «tu es belle, la blanche». J’ai pensé qu’on ne pouvait pas faire un compliment tout en injuriant.
Quelques jours plus tard, on m’a glissé que j’étais «une Camerounaise, mais pas de la bonne couleur». J’ai éclaté de rire.
Tout est une question d’adaptation. Même si le regard curieux des enfants dans certains quartiers prouve que les personnes à la peau blanche ne passent pas souvent dans le coin. Elles restent dans les endroits chics. Le fait qu’une consœur m’emmène avec elle sur le terrain pour mes reportages représente un réel avantage afin de découvrir la véritable vie de Yaoundé.
Au fait, j’ai oublié de vous expliquer: «c’est comment?» veut dire «comment tu vas?» Ici, les gens attendent véritablement une réponse à cette question.
Chronique de Vicky Huguelet écrite sur place et parue dans arcinfo du 11 août 2023

