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Le manque de bois de chauffe multiplie les digesteurs de biogaz

Le manque de bois de chauffe multiplie les digesteurs de biogaz

LE REPORTAGE D’ALBERT TWIZEYIMANA EN SUISSE

Les énergies renouvelables sont aussi à l’agenda du Rwanda, qui a lancé en 2007 un programme national centré sur le biogaz domestique. Le biogaz? Une solution au sérieux problème du bois de chauffe, comme le confirment Mesdames Kaligirwa et Kazayire, rencontrées à l’est et au nord du pays.

«Un digesteur de biogaz devient aujourd’hui un rêve de nombreux villageois. Quiconque espère réaliser un montant considérable, il investit, sans demander, dans l’installation du biogaz. Chacun veut profiter des subventions octroyées par le gouvernement et les bailleurs», raconte Madame Kaligirwa, de Ngoma, Est. Depuis 2007, le Rwanda fait une campagne de vulgarisation de l’utilisation de la technologie de biogaz pour la cuisson et l’éclairage des ménages en milieu rural. Il s’agit d’une politique adoptée dans le cadre de la protection de l’environnement par l’utilisation d’une énergie propre issu des déchets organiques comme la bouse de vache.

D’habitude, des herbes sèches, les débris agricoles, du bois, du charbon de bois et tous les autres produits de biomasse constituent les sources principales d’énergie de chauffe, de cuisson et d’éclairage utilisées dans plus de 95% des ménages rwandais jusqu’aujourd’hui. Cela joue un rôle déterminant dans la destruction de l’environnement. « Nous avons un sérieux problème avec le bois de chauffe. On passe beaucoup de temps à chercher le bois de chauffe mais il est devenu rare. Il arrive même de ne pas manger à cause du manque de bois de chauffe. Même des matières naturelles comme des herbes sèches deviennent impossible pendant la saison des pluies et font perdre beaucoup de temps et exige qu’on reste longtemps dans les fumées en préparant à manger », témoigne une villageoise de l’Est.

Avec leur rôle primordial dans les travaux ménagers, les femmes sont certainement les premières bénéficiaires de la technologie de biogaz dans les familles. Madame Léocadie Kazayire du Nord témoigne : « J’ai pris la décision de me faire construire un digesteur de biogaz, car j’en avais marre du bois de chauffe très cher voire introuvable au marché. Imaginez 4 morceaux de bois pour 700 Frw, (soit 1, 20 $us)! Le biogaz n’a pas d’égal! Très rapide dans la cuisson. Il ne dégage pas beaucoup de chaleur dans la cuisine, c’est sans fumée, sans saleté, …C’est pourquoi on peut même mettre un lit dans la cuisine et dormir ». Il s’agit de l’utilisation de l’énergie issue du biogaz produit à partir de la bouse de vache. Pour le moment, plus de 350 installations de biogaz fonctionnent bien dans différentes régions du Rwanda. Ainsi bon nombre de villageois s’habituent à éclairer leurs maisons et à cuisiner avec cette énergie nouvelle.

Le coût de construction d’un digesteur à gaz de 6 mètres cube, valable pour une famille moyenne de 5 personnes s’élève à 800 mille francs rwandais, (près de 1400 $us). Un fermier qui désire construire un digesteur biogaz et bénéficier de l’appui financier  du programme national de biogaz domestique doit posséder au moins deux vaches élevées en étable. Dans ces conditions, il est financé à hauteur de 30%. D’après Mr Augustin Hategeka, coordinateur du programme national du biogaz domestique, le gouvernement donne surtout un appui financier. Par ailleurs une ligne de crédit a été créée dans la banque populaire du Rwanda pour encourager les fermiers à se construire les digesteurs. Il s’agit d’un crédit spécial destiné à la promotion de la technologie du biogaz dans les foyers. C’est ainsi que quelques centaines de digesteurs pour biogaz sont maintenant opérationnels dans les ménages des fermiers dans différentes régions du Rwanda depuis trois ans.« A côté du gaz produit pour l’éclairage et le chauffage, le digesteur émet des déchets qui constituent de l’engrais organique qui aide le fermier à la fertilisation des champs et améliore la production agricole », explique un technicien en installation du biogaz. Le programme national de biogaz domestique envisage d’atteindre au moins 5000 unités d’ici la fin de 2012.

Reconstituer l’environnement et prévenir des maladies

«Sans autre source d’énergies, la cuisson peut détruire toutes les forêts », note un agronome de Muhanga, Sud. Les écoles, les camps militaires, les ménages ne cessent de couper des arbres, défricher les champs, …pour avoir du bois, du charbon ou autres matières combustibles. « Non seulement cette désertification constitue une menace sérieuse à l’environnement, mais aussi à la santé des populations rurales exposées à des fumées dans des cuisines étroites », ajoute ce technicien agricole. Pour sauver les arbres, le Gouvernement rwandais a décidé, depuis trois ans, de subventionner les fermiers dans la construction des digesteurs pour biogaz. Aujourd’hui, dans chaque secteur administratif, un fermier modèle reçoit un financement pour un digesteur. Les voisins peuvent observer son fonctionnement. « Actuellement, chaque district a un ou deux entrepreneurs qui peuvent aider tout fermier à construire un digesteur répondant aux normes de qualité », rassure Mr Hategeka. Ainsi, le biogaz facilite les travaux domestiques et améliore les conditions d’hygiène dans les ménages. Pour Léocadie Kazayire, de l’Est, cette source d’énergie est extraordinaire. «Pas de fumée, pas de temps à perdre à souffler sur le feu, tout cela est révolu. Il nous permet de cuire les repas et après il fertilise nos champs avec de l’engrais organique! Grâce à lui nous avons augmenté la production des céréales et des légumes», se vante-t-elle.

Albert-Baudouin Twizeyimana, Syfia Grands Lacs/Agence de presse

Albert Twizeyimana

Sociologue et journaliste de formation et de carrière, j’ai travaillé comme journaliste jusqu’à ce jour au Rwanda en particulier, et dans la région des Grands Lacs en général, et comme pigiste à l’étranger. Outre des compétences certaines en recherche d’informations et techniques de rédaction (presse écrite et radio), je suis animé d’un profond sens de l’éthique journalistique et, comme les nombreux activistes des droits de l’homme, convaincu de l’extrême valeur du respect des droits de chacun. Aujourd’hui je jouis des qualités de formateur en journalisme de la presse écrite.

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Albert-Baudouin Twizeyimana

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