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Concours d’innovation: après le buzz, gare au manque de suivi

Concours d’innovation: après le buzz, gare au manque de suivi

Un reportage EQDA

Les compétitions d’innovation se multiplient à Dakar et ont le mérite de susciter une belle émulation au sein de la jeunesse sénégalaise. Mais rares sont les inventions des participants qui trouveront un réel avenir, malgré le buzz médiatique provoqué sur le moment.

Dans la cour du fablab Defko Ak Niep qu’il fréquente assidûment, Mamadou Diallo montre son invention. Le sac Solbag a un panneau solaire sur son rabat, pour recharger les batteries d’appareils mobiles. Il est équipé d’une lampe et d’une alarme anti-vol.

Réalisé en bonne partie avec des matériaux recyclés, il est conçu pour les Sénégalais: il exploite le soleil dans un pays qui n’en manque pas, et où les habitants font souvent face à des problèmes d’électricité. Mamadou l’a présenté dans un concours d’innovations solidaires lancé par un grand opérateur de télécommunications.

“Je continue à l’améliorer. Il faudrait un panneau plus petit, plus léger. Mais cela nécessite d’autres matériaux, donc de l’argent.” Etudiant et sans revenu, Mamadou ne sait guère à qui s’adresser. Ce sac solaire est ainsi resté à l’état de prototype. La majeure partie des inventions présentées lors des concours connaissent le même sort, qu’elles soient primées ou non.

Trouver des mentors
En eux-mêmes, ces concours sont très biens, commente Eugène Niox, secrétaire de l’Organisation des professionnels des technologies de l’information et de la communication (OPTIC). Mais il faut bien cadrer l’objectif, et créer des solutions qui collent aux réalités sénégalaises tout en étant rentables.

“Si c’est juste pour montrer l’imagination des gens ça ne sert pas à grand chose”, poursuit-il. Ces concours suscitent “plein d’émulation pendant un week-end”, mais ensuite les participants restent souvent livrés à euxmêmes. Il arrive que des entreprises récupèrent les meilleurs et les forment en interne, mais c’est du cas par cas.

Il y a souvent une carence dans le suivi après ces concours, observe également Tony Poenou, de l’ONG américaine AfriStack, co-organisatrice de la compétition AgriHack à Dakar en août dernier.

Il faut éviter que la motivation des participants ne retombe. Il faut les mettre en relation avec des mentors, et aussi les aider à trouver des financements. “Les gouvernements ont là un rôle à jouer”, dit-il. “Le Kenya et le Rwanda sont des exemples à suivre en la matière.”

Martine Salomon

Après une licence en Lettres à Neuchâtel, Martine Salomon a effectué son stage de journaliste à l’Agence Télégraphique Suisse (ats). Elle a travaillé à la rubrique économique pendant plusieurs années, puis est devenue correspondante dans les cantons de Fribourg et Neuchâtel. Toute l’actualité est au menu, des procès aux assemblées politiques, en passant par les activités industrielles, les expositions muséales ou encore la recherche scientifique.

Jean Michel Diatta

Jean-Michel Diatta est journaliste reporter au journal Sud Quotidien à Dakar (Sénégal) depuis 2013. Auparavant il a fait un stage à la radio Sud FM à Ziguinchor. Après suivi une formation dans l’hôtellerie, domaine où il a travaillé durant quelques années, il a changé d’orientation et a obtenu un diplôme de l’Institut supérieur des sciences de l’information et de la communication de Dakar en 2013. Il continue sa formation en vue de l’obtention d’un master.

Martine Salomon

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