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La révolution numérique en marche en Suisse

La révolution numérique en marche en Suisse

UN REPORTAGE REALISE EN SUISSE PAR MICHEL DIATTA (DAKAR SUD QUOTIDIEN)

Contrairement au Sénégal, où une personne en situation de handicap avancé est condamnée à être entièrement dépendante, la Suisse, à l’instar d’autres pays de l’Europe, développe des moyens électroniques auxiliaires pour rendre le plus autonomes possible ces personnes vulnérables. Pour ce faire, des organisations adaptent les nouvelles technologies existantes en fonction des besoins des personnes en situation de handicap, afin de leur permettre de mieux contrôler leur environnement, de communiquer et d’avoir accès au monde informatique.

Plus une personne vivant avec un handicap est indépendante, plus elle aura de chance d’effectuer des tâches qui peuvent être rémunérées. Cette vérité, la Suisse, à l’instar des pays de l’Europe du Nord (Hollande, Finlande, Suède, Norvège, Danemark) qui sont très avancés sur ce domaine, l’a très bien comprise. Pour ce faire, des organisations telles que la Fondation Suisse pour les Téléthèses (FST), cherchent au mieux à donner le maximum d’autonomie à une personne handicapée.

Plus d’autonomie aux personnes handicapées
De l’avis de son directeur général, Michel Guinand, «la FST est l’une des organisations pionnières, non pas seulement en Suisse, mais à travers le monde, dans les moyens électroniques auxiliaires». Fondée en 1982 par Jean-Claude Gabus, la FST, à but non lucratif, a vécu de grands moments, entrecoupés de périodes plus difficiles, mais avant tout, a conçu, développé et lancé des produits exceptionnels. Au cours de ces 30 années, elle a vécu Linguaduc, Hector, James, B.A.Bar, et tout récemment CWI (Computer Wheelchair Interface), permettant le pilotage d’un fauteuil roulant électrique par le regard. Son objectif est d’utiliser l’électronique pour améliorer la qualité de vie des personnes handicapées motrices ou visuelles. Pour ce faire, selon son directeur, elle s’active dans les moyens électroniques auxiliaires, qui regroupent 3 secteurs. Il s’agit tout d’abord du contrôle d’environnement, à savoir l’accès aux portes, aux lampes, stores, etc., ainsi que la connexion au monde d’internet, grâce à la télécommande universelle James. Le deuxième secteur s’appelle la communication améliorée et alternative. A l’en croire, «c’est donner une voix à ceux qui n’ont pas la parole». Et enfin, le dernier secteur dans les moyens électroniques auxiliaires, c’est l’Accès ergonomique à l’ordinateur (AEO), avec l’aide du CWI. C’est de permettre à des personnes qui ont un handicap mental ou un handicap moteur d’avoir accès au monde informatique, juste par le regard. Mieux, il y a maintenant quatre ans, elle a développé un autre système qui est à la base de cela, c’est-à-dire conduire le fauteuil électrique par les yeux.

Etre libre même atteint de démence
A l’instar de la FST, l’entreprise Smart Liberty, créée en 1998, travaille à contribuer à l’amélioration de la qualité de vie des résidents des établissements, tout en permettant au personnel de travailler de façon efficiente. Selon son directeur, Tobias Britz, «Smart Liberty propose des solutions de sécurité et de communication dans le monde des soins de longue durée». C’est-à-dire, ce monde où des personnes dépendantes utilisent des technologies de différents types pour améliorer leur qualité de vie et être le plus autonome. Il s’agit, selon son directeur, de permettre aux personnes âgées de rester autonomes, en leur offrant des lieux de vie ouverts, agréables et chaleureux, plus qu’un hôpital. Soutenant, en effet, que «plus les gens bougent, mieux ils vont», M. Britz explique que Smart Liberty cherche à intégrer les personnes atteintes de différentes formes de démence dans la vie quotidienne, en leur donnant une mobilité maximum le plus longtemps possible. La société développe en interne les solutions, à son siège sis au Landeron, près de Neuchâtel, en Suisse. Il s’agit de technologies nouvelles et sans fils, centrées sur les personnes pour qu’elles puissent interagir avec l’environnement. Smart Liberty crée, entre autres, des badges de géo localisation et d’appel sans fil. La société transforme les appareils grand public (Smartphone, Iphone), en des outils de travail pour les établissements médico-sociaux (EMS) dans le monde du handicap. Grâce à des capteurs installés un peu partout, le personnel parvient à éviter que les patients dépassent les limites fixées, pour qu’ils ne se perdent pas. Par ailleurs, Smart Liberty a également collaboré avec la FST pour la conception de la télécommande universelle James4, commercialisé en 2015.

Lire avec les oreilles
Dans la même veine, et toujours pour venir en aide aux personnes vivant avec un handicap, d’autres services sont développés en Suisse, comme la lecture par audio. En effet, créée en 1976, la Bibliothèque Sonore Romande (BSR) met gratuitement 17’000 livres enregistrés par des lecteurs bénévoles à la disposition de personnes aveugles, malvoyantes ou empêchées de lire à cause d’un autre handicap. Selon son ingénieur son et responsable des bénévoles, Marc Champod, qui est lui-même malvoyant, la BSR propose plus de 1000 nouveaux titres chaque année et prête gratuitement 45’000 livres sonores par an, sur CD et cartes-mémoire. Cela sans frais de port ou par téléchargement sur le site web et sur Android, Iphone, Ipad. En son sein, elle développe des applications qui permettent d’effectuer des recherches dans la collection de la BSR, de consulter sa liste de vœux, de consulter les listes des nouveautés par genre, de télécharger les livres et de les écouter. Elle propose aux auditeurs de télécharger l’application “Livres audio BSR” pour iPad, iPhone et iPod touch, compatible avec les versions d’iOS 6.1 et supérieures. Mieux, elle a mis à la disposition des auditeurs une application Callio Player pour Android, dans Google Play, compatible avec les versions d’Android 4.0 et supérieures. Une autre application est disponible pour PC, appelé ‘’Livre en 1 Clic’’, qui permet d’écouter des extraits directement dans l’application, rechercher des livres et afficher les nouveautés, globalement ou par genre. Pour mettre tout le monde à niveau, des cours gratuits, organisés avec ‘’l’Ecole de la Pomme’’ de la Fédération suisse des aveugles (FSA), ont lieu à la BSR pour les utilisateurs d’iPhone/iPad débutants et avancés.

Jean Michel Diatta

Jean-Michel Diatta est journaliste reporter au journal Sud Quotidien à Dakar (Sénégal) depuis 2013. Auparavant il a fait un stage à la radio Sud FM à Ziguinchor. Après suivi une formation dans l’hôtellerie, domaine où il a travaillé durant quelques années, il a changé d’orientation et a obtenu un diplôme de l’Institut supérieur des sciences de l’information et de la communication de Dakar en 2013. Il continue sa formation en vue de l’obtention d’un master.

Martine Salomon

Après une licence en Lettres à Neuchâtel, Martine Salomon a effectué son stage de journaliste à l’Agence Télégraphique Suisse (ats). Elle a travaillé à la rubrique économique pendant plusieurs années, puis est devenue correspondante dans les cantons de Fribourg et Neuchâtel. Toute l’actualité est au menu, des procès aux assemblées politiques, en passant par les activités industrielles, les expositions muséales ou encore la recherche scientifique.

Jean Michel Diatta

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