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MusikBi, l’achat de musique par sms au Sénégal

MusikBi, l’achat de musique par sms au Sénégal

Un reportage EQDA

Pour la première fois en Afrique, les amateurs de musique peuvent acheter des morceaux légalement par un simple sms, chez MusikBi. Cette plateforme sénégalaise offre une solution d’achat accessible, dans un marché miné par le piratage musical et la rareté des cartes de crédit.

“MusikBi a été pensé pour la réalité d’ici. Ce n’est ni un iTunes ni un Deezer”, affirme son directeur Moustapha Diop. Ce moyen de paiement permet de toucher beaucoup de monde puisqu’il fonctionne avec n’importe quel genre de téléphone portable, smartphone ou non.

Le créateur de MusikBi en est persuadé: à terme, ce système peut faire pencher la balance en faveur du téléchargement légal afin que les artistes tirent rémunération de leur travail. Pour l’instant, la norme reste le piratage, qui agit comme un cercle vicieux.

Quand un artiste sort un album qui est piraté dès le lendemain, il pense qu’il ne pourra pas gagner d’argent avec les CD, explique Moustapha Diop. Alors pour se faire connaître et attirer les gens aux concerts, il met sa musique à disposition sur internet.

Un code à 50 centimes
“Mais maintenant que ça marche par téléchargement payant, certains veulent supprimer les morceaux qui circulaient gratuitement”, s’enthousiasme le patron de MusikBi, dans son bureau au centre de Dakar. Et d’effectuer sur son téléphone une démonstration de l’achat.

Un code est attribué à chaque morceau répertorié sur le site internet de MusikBi. Le client envoie un sms avec ce code, puis il reçoit un lien de téléchargement. Il peut charger le morceau sur le téléphone (si celui-ci a une connexion internet) ou sur l’ordinateur. Ce sms à prix majoré coûte 300 ou 500 francs CFA (l’équivalent de 50 ou 80 centimes) alors qu’un sms normal coûte 20 CFA (3 centimes). Ce montant est débité sur le crédit téléphonique de l’acheteur.

Les artistes jouent un rôle important pour diffuser plus largement ces codes, sur les réseaux sociaux ou en boîte. A la fin d’un concert, l’artiste peut donner les codes de ses chansons et les spectateurs peuvent les acheter dans la foulée.

Succès des rappeurs
Ça marche particulièrement bien dans la communauté hip hop, plus ouverte aux nouvelles technologies que celles des autres styles musicaux, selon le patron de la plateforme. Et ces artistes sont aptes à mobiliser leurs fans. Il y a un lien fort entre eux.

Grandes vedettes ou jeunes espoirs, tout le monde peut figurer au catalogue, il n’y a pas de restriction. “L’artiste qui a le plus vendu sur MusikBi, je ne le connaissais pas avant !”, s’amuse Moustapha Diop.

Il s’agit de Dip Doundou Guiss, un jeune rappeur qui vient de la banlieue. Il n’a pas une grande notoriété, mais c’est l’artiste du moment dans son milieu local. Il a fait 1000 ventes le jour-même de la mise en ligne d’un single. Les artistes peuvent observer l’évolution de leurs gains en temps réel. A partir de 25’000 CFA (une quarantaine de francs suisses), ils peuvent demander un versement, n’importe quand dans le mois.

Pas encore rentable
Le catalogue comporte désormais plus de 600 artistes et plus de 2000 morceaux. La plateforme a enregistré un total de 6000 téléchargements lors de ses cinq premiers mois. Elle n’est toutefois pas encore rentable. Moustapha Diop espère que cela viendra l’année prochaine grâce à des volumes plus importants. Il vise d’autres pays cibles comme le Congo, le Nigeria et le Burkina. Il faudrait au moins 12’000 téléchargements par mois pour atteindre la rentabilité compte tenu des conditions actuelles des opérateurs de télécoms, estime-t-il.

Ceux-ci prennent à son avis une trop grosse part du gâteau. La commission perçue par sms est de 30% chez Orange et de 40% chez Expresso. MusikBi a jeté l’éponge avec Tigo qui voulait 70%. Après cette déduction, le solde est réparti entre l’artiste (60%) et MusikBi (40%).

“L’autorité de régulation des télécoms ne fait pas son job. Je lui ai envoyé des lettres, en vain”, se plaint Moustapha Diop. Certains musiciens sont furieux. Le rappeur Duggy Tee, célèbre au Sénégal, a traité les opérateurs “d’esclavagistes” lors d’une récente interview.

Martine Salomon

Après une licence en Lettres à Neuchâtel, Martine Salomon a effectué son stage de journaliste à l’Agence Télégraphique Suisse (ats). Elle a travaillé à la rubrique économique pendant plusieurs années, puis est devenue correspondante dans les cantons de Fribourg et Neuchâtel. Toute l’actualité est au menu, des procès aux assemblées politiques, en passant par les activités industrielles, les expositions muséales ou encore la recherche scientifique.

Jean Michel Diatta

Jean-Michel Diatta est journaliste reporter au journal Sud Quotidien à Dakar (Sénégal) depuis 2013. Auparavant il a fait un stage à la radio Sud FM à Ziguinchor. Après suivi une formation dans l’hôtellerie, domaine où il a travaillé durant quelques années, il a changé d’orientation et a obtenu un diplôme de l’Institut supérieur des sciences de l’information et de la communication de Dakar en 2013. Il continue sa formation en vue de l’obtention d’un master.

Martine Salomon

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